Seneweb.com Accueil |   Gerer ce blog   

DE QUOI SOUFFRE L’ECOLE PUBLIQUE SENEGALAISE ?

Posté par: Barsaan| Jeudi 21 février, 2013 17:31  | Consulté 6291 fois  |  5 Réactions  |   

La décennie écoulée a vu des milliards injectés dans le système éducatif sénégalais: beaucoup de constructions, beaucoup de recrutements, etc. Mais malgré tous ces efforts, notre système refuse obstinément de porter ses fruits. A-t-on correctement diagnostiqué le mal ou cette maladie est-elle incurable ?

Je ne m’étalerai pas sur la contribution historique des enseignants au développement du pays. Je pense aussi inutile de revenir sur ce qui semble être un manque de vision de nos gouvernants encore moins sur les différends pécuniaires qui semble être la pomme de discorde entre ces deux acteurs. Je reste persuadé que le grand problème de l’école sénégalaise est plus structurel que conjoncturel. En effet, ce qui suit me semble être des maillons extrêmemet faibles de notre système.

De la nomination des chefs d’établissements scolaires

Les enseignants ont aujourd’hui compris que la manière de nommer les chefs d’établissement est obsolète et insensé. Aucun chef d’établissent n’est nommé sur la base d’un savoir-faire mais d’une ancienneté ou du grade. La conséquence directe est que la plupart de ces directeurs, principaux ou proviseurs (qui servent dans les villes) sont souvent au bord de la retraite et complétement rouillés ; les plus jeunes sont dans les zones déshérités et sont souvent à l’image du milieu.

Un manque criard d’expertise

Plus grave ces enseignants qui postulent pour un poste de responsabilité ne le font pas parce qu’ils veulent un plus à leur école de choix, mais parce qu’ils veulent « se débarrasser » de la craie. Résultat, ils sont mortellement routiniers et n’ont aucune vision pour leur établissement. Dans ces écoles, on se plaint souvent d’une gestion opaque et de détournements de fonds.

Aucune vision pour leur école

Avez-vous vu un chef d’établissement qui, chaque semestre ou année analyse les taux de réussite et d’échec afin de comprendre les facteurs causals et définir un plan d’action pour redresser la barre au besoin ? Alors, confiez-lui une société quelconque et au bout de deux ans il fait banqueroute et envoie tout son personnel au chômage ! Je ne vois pas de différence entre l’école et la société de la place : ils sont tenus de faire des résultats.

De l’encadrement des enseignants

Les inspecteurs et les conseillers pédagogiques itinérants (CPI) tels que nous les connaissons, ont montré leurs limites. Dans le moyen secondaire, par exemple, les inspecteurs de spécialités sont presque inexistants. Quant aux conseillers pédagogiques, ils sont un ou deux par académie. Pour pallier l’insuffisance, des cellules dites mixtes sont créées qui regroupent quelques établissements (trois ou plus) d’une même zone géographique chacune. Beaucoup d’établissements restent une année voire des années entières sans voir l’ombre de ces messieurs qui se plaignent souvent de problèmes de logistique. 

Des cellules pédagogiques dites mixtes

Dans notre système constitué en majeure partie par des corps dits émergents (vacataires, contractuels), l’expertise dans ces cellules mixtes varie selon qu’on se trouve en ville ou en campagne. Il y a des cellules où l’expertise est presque inexistence. Elles sont laissées à elles-mêmes sans avoir la chance de savoir si ce qu’elles font est bon ou mauvais parce qu’elles ne reçoivent aucune visite. Le cas échéant, c’est une fois par année : un très mauvais suivi pour le malade dont on a plus de nouvelles.

Le mieux serait de s’appuyer sur l’expertise existante à la base et d’en faire des conseillers pédagogiques entièrement ou partiellement déchargés pour prendre le relais du CPI et être plus proches des enseignants et plus disponibles.

De la compréhension d’un système éducatif

La compréhension de ce concept est au cœur même de la problématique que nous posons. Une analyse structurale fait ressortir les connaissances, compétences et comportements désirés, que transmettent l’éducation, et la forme, la logique et les échanges qui sont les éléments fondamentaux de la systémique.  C’est un rapport organique et dialogique.

La non compréhension de l’enseignant et du chef d’établissement de ce concept de système éducatif est la première cause d’échec. Dans nos écoles, au lieu de voir d’abord les relations entre les composantes du système,  on a plutôt tendance à les voir isolément. En conséquence, beaucoup des structures que nous créons, parce qu’elles sont uniquement juxtaposées et non interconnectés et interdépendants tels les éléments d’un moteurs, se grippent ou disparaissent au bout de quelques temps car au lieu d’obéir à une logique particulière, elles sont plutôt des électrons libres.

La pensée systémique nous aide à rendre plus clairs les modèles intégraux afin de voir les connexions et les relations afin de les modifier efficacement. Hélas dans nos écoles tout le monde est mortel : l’enseignant se contente de son cours, le surveillant délivre laconiquement des billets, calcule des moyennes et l’administration veille à ce que tout le monde est ponctuel, évite les mouvements d’humeur et fait ses rapports périodique à l’autorité. Quelle vision mécaniste et réductionniste de l’école ! Quelle école terne et mortelle !

D’une gestion hôtelière de l’école

On entend souvent les enseignants dire « L’école, c’est notre deuxième maison ». Mais, en vérité, personne n’aime l’école ; on s’y ennuie. Tout le monde guette la sonnerie !

C’est pourquoi la pensée systémique va au-delà de l’approche parcellaire issue de la démarche scientifique. C’est une approche holistique qui prend aussi en compte une certaine dimension psychologique et intègre le concept de gestion hôtelière de l’école.

L’élève autour de qui tout tourne, n’apprend que s’il est assez motivé pour le faire. Il faut alors créer les conditions de son épanouissement dans le système : il faut faire vivre et agir l’école.

D’une intellectualité qui se meurt

L’amour de l’intellectualité chez la plupart des enseignants est en chute libre. Rare sont les enseignants qui lisent et rares sont les établissements qui tiennent régulièrement des conférences—si toutefois elles le font. Dans ces conditions comment peut-on insuffler aux élèves l’amour de la connaissance ? En principe l’enseignant est un modèle pour l’apprenant. L’on trouvera toujours d’autres excuses pour justifier de la baisse de niveau des élèves (passage GOANA, manque de manuels), mais je rappelle que dans le triangle de l’efficacité (objectifs, moyens, temps pour la réalisation), de l’abnégation du maître d’œuvre qu’est l’enseignant dépend en grande partie les résultats.

De l’implication de l’enseignant dans la vie de l’école

Que fait l’enseignant à part enseigner ? Y a-t-il des clubs et autres structures dans son école ? S’y intéresse-t-il ? Participe-t-il à l’encadrement et à la formation à la vie des élèves ? A l’animation de l’école ? A-t-on développé des stratégies pour installer une compétition saine entre les élèves ?

En vérité, la plupart des enseignants ne voient pas l’intérêt à perdre leur temps à ces activités. Ils sont aidés en cela par l’incompétence du chef d’établissement qui est le premier à penser que l’école se résume aux cours classiques.

De la notation de l’enseignant

L’attribution laconique des notes administratives de fin d’année le prouve largement. Les plus anciens se retrouvent immanquablement avec les meilleures notes compte non tenue de leur degré d’engagement : il faut les aider à plafonner. Hormis la note chiffrée qui va jusqu’à 19.99, ce laxisme est aussi visible sur l’évaluation qualitative laconique du genre « Agent sérieux et travailleur, etc. ». Qu’est-ce qui le montre ? Qu’est-ce qu’il a fait concrètement pour son établissement ? Pourtant c’est ce second élément qui doit justifier la note chiffrée.

Et c’est sur la base de ces notes que l’agent est promu et avance et gagne un poste de responsabilité. Les plus jeunes qui sont généralement les plus engagés et à qui on fait croire qu’il faut commencer par un 18 et grimper lentement parce qu’on est encore jeune, finissent par se lasser. Et chacun se limite à son cours et à son « xar màtt » (cours privés ou particuliers). Et l’école sombre lentement. Et le milieu avec.

Ces propositions ont l’avantage d’avoir une incidence financière négligeable et un impact éminemment puissant sur les résultats et les attitudes des élèves.

Le bel exemple du CEM Nioro Sud

Je tire mon chapeau au CEM Nioro Sud de Nioro du Rip qui a fini de faire ses assisses et de consigner ses trouvailles dans un document appelé « Le type d’école que nous voulons construire », un ensemble de 17 petits projets (à hauteur de 1.000.000F seulement et dont le montage financier inclut essentiellement l’école, les personnels de l’école et l’association des parents d’élèves : c’est ça l’originalité !) très hardis et innovants étalés sur 5 ans et avec des objectifs fixés sur les résultats scolaires et qui, j’en suis persuadé, sera sous peu une école de référence dans l’académie.

M. Ousseynou Ndiaye, le principal, et ses personnels viennent de monter un bel exemple de leadership et management. Des principes dont l’ignorance conduit inévitablement au chaos décrit par Russel Ackoff : « Tout problème interagit avec d’autres problèmes jusqu’à former un réseau de problèmes interconnectés, un système de problèmes, c’est-à-dire, un désordre ».

 

 L'auteur  Baidy DIA
Une faute d'orthographe, une erreur á signaler ? Une précision á apporter ? Ecrivez moi avec votre info ou votre correction et en indiquant l'url du texte.
Commentaires: (5)
 Ajouter mon commentaire    Afficher les commentaires
Aidez-nous à modérer les commentaires en nous signalant les insultes. Merci de votre collaboration.
Anonyme on February 22, 2013 (12:12 PM) 0 FansN°:1
merci.Il me semble que le seul débat qui vaille sur la crise de l'école vous l'avez posé :management et pédagogie. Et dans ces domaines les acteurs de l’école font preuve d'une grande incompétence ou d'une démotivation assumée.
PUNK ANDERSONN on February 23, 2013 (22:55 PM) 0 FansN°:2
trés interessant et pertinent SAUVONS L'ECOLE SENEGALAISE
PUNK ANDERSONN on February 23, 2013 (22:57 PM) 0 FansN°:3
analyse intéressante et pertinente
SAUVONS L'ECOLE SENEGALAISE
Fall Birzo on February 24, 2013 (01:35 AM) 0 FansN°:4
La gestion solitaire ,l'incurie des chefs d'établissement et la démotivation des profs sont des maux qu'il faut extirper du corps de l'école publique.Comment ?Appliquer les passerelles et faire la formation des chefs d'établissement .Réparer l'injustice dont sont victimes les enseignants qui passe par le Respect et le respect des accords signés avec l'Etat.
ZC°°° on February 24, 2013 (10:57 AM)0 FansN°: 659876
TRES BONNE ANALYSE. INCOMPETENCE DES CHEFS D'ETABLISSEMENT ET MANQUE DE MOTIVATION DES ENSEIGNANTS. L'ETAT DOIT VITE REAGIR ENCORE QU'IL EST TEMPS.

Ajouter un commentaire

 
 
Baidy DIA
Blog crée le 21/09/2012 Visité 270612 fois 13 Articles 1400 Commentaires 23 Abonnés

Posts recents
NEUF TALIBÉS CALCINÉS, VAGUE D’INDIGNATION : SENEGAL, DROLES DE MUSULMANS
DAKAR, VILLE CRUELLE
DE QUOI SOUFFRE L’ECOLE PUBLIQUE SENEGALAISE ?
DE QUOI SOUFFRE L’ECOLE PUBLIQUE SENEGALAISE ?
AFFAIRE CHEIKH BETHIO THIOUNE : EPILOGUE D’UNE LIQUIDATION PROGRAMMEE ?
Commentaires recents
Les plus populaires
CHEIKH YERIM, CHEIKH BETHIO ET LES MAUVAISES LANGUES
CARICATURES SUR LE PROPHETE : La Coupe Sombre des Récriminations
AFFAIRE CHEIKH BETHIO THIOUNE : EPILOGUE D’UNE LIQUIDATION PROGRAMMEE ?
BETHIO THIOUNE, L’ENIGMATIQUE CHEIKH DE SERIGNE SALIOU
SENEGAL-GAMBIE : La Banane de la Discorde